Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 3)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. Lisez la première partie ici et la deuxième ici.

Je me souviens d’une conversation avec trois de mes bons amis dans leur appartement il y a à peu près trois ans. Nous parlions de politique.

« Le Québec devrait se séparer ! », a dit Jean-Philippe.Des racistses partout

« Le Canada n’est qu’un tas de provinces collées ensemble », a répondu Sarah.

Sarah et Jean-Philippe se fréquentaient. Elle était d’origine mohawk et canadienne-française et elle a grandi à Oshawa et Toronto. Il venait de Montréal et a vécu un peu à Toronto.

Quand Sarah était à l’école secondaire, la présence et les contributions des Français étaient totalement ignorées. On mettait surtout l’accent sur l’héritage britannique et l’attachement aux symboles anglais comme la reine. Sarah devait même chanter The Maple Leaf Forever quand elle était au primaire avant le début des cours. Elle n’a jamais cru à la confédération et croyait que le Loyalisme était répugnant. Elle trouvait le loyalisme encore plus répugnant en raison de son héritage mohawk et du fait que sa grand-mère a été envoyée à un pensionnat pour Amérindiens quand elle était petite. Pas étonnant que Sarah soit une partisane si fervente du mouvement Idle No More.

Jean-Philippe était un ami d’enfance : je le connais depuis la deuxième année du primaire. Nous sommes allés à la même école catholique francophone. L’Histoire du Canada au primaire et au secondaire était enseignée comme étant de longues batailles ennuyeuses entre les Français et les « maudits Anglais ». Ils se battaient en échangeant des paroles et en signant du papier. On parle à peine des relations entre les peuples autochtones et les Européens. On traite à peine l’immigration après l’époque coloniale. On a mentionné les Irlandais, mais pas les raids féniens. Le programme d’histoire semble avoir été fait de manière à dépeindre les canadiens-anglais comme étant les gros, vilains oppresseurs des Canadiens français et non comme étant cofondateurs du Canada moderne.

Les différences entre l’enseignement de l’Histoire au Québec et en Ontario ne devraient pas être étonnantes : le système scolaire est sous juridiction provinciale et non fédérale. Chaque province a sa propre identité, mais n’a pas nécessairement des choses en communs. Par exemple, il n’est pas rare au Québec de diviser le Canada en deux : le Québec et ROC (Rest of Canada. Le reste du Canada). Le Canada est une fédération constituée de dix provinces et trois territoires. Puisque le gouvernement fédéral du Canada n’est pas centralisé, les provinces jouissent de beaucoup d’autonomie par rapport au gouvernement fédéral. Les territoires, toutefois, dépendent beaucoup du gouvernement fédéral, car ils ne sont pas très peuplés.

Plus tard, notre conversation est passée à l’immigration.

« Les immigrants ne devraient pas avoir le droit de rester s’ils ne veulent pas apprendre le français et l’anglais et adopter les coutumes canadiennes, » dit Sarah.

« Le Canada est grand : il y a assez de place pour différentes personnes, » dit Casey.

« Je m’en fous. Je ne suis pas raciste ».

Casey était moitié Micmaque, moitié Acadienne du Nouveau-Brunswick, mais comme Sarah, elle a grandi à Toronto. Tout comme Sarah, la grand-mère de Casey a été à un pensionnant pour Amérindiens, mais contrairement à Sarah, elle n’a jamais vécu dans une réserve. Elle n’a jamais vraiment réfléchi à son identité avant de déménager à Montréal et de faire du bénévolat dans un centre communautaire pour Autochtones. Elle ne s’attache pas vraiment au Canada et aux symboles canadiens : elle croit que le patriotisme et même le soutien de n’importe quelle idéologie font des gens des extrémistes. Elle ne veut vraiment pas que qui que ce soit la prenne pour une personne discriminatoire.

Bien qu’elle ne fait pas vraiment part de son opinion et qu’elle ne veut pas vraiment commencer de débats sur ses croyances, elle croit qu’il y a assez de place au Canada pour les blancs, les autochtones et tous ceux qui ont été forcés de quitter leur pays d’origine.

 

À suivre…

The Liquor Store : le public est bien servi

Il y a quelques semaines, j’étais à La marche d’à côté pour voir le guitariste montréalais de blues rock Justin Saladino. La précision du guitariste qui l’accompagnait m’intriguait. Il s’appelait Félix Blackburn.

« Oui, je joue pour un autre groupe, un orchestre jazz. », dit Félix. « Il se nomme The Liquor Store. Nous nous produirons bientôt au Festival de jazz de Montréal. Viens nous voir ! » Je vais à leur deuxième concert au festival et je ne suis pas déçu.

J’arrive à la scène à la place SNC-Lavalin en espérant qu’il ne pleuvra pas encore ce soir. La scène était extérieure ; des tables et des chaises sont installées ; et le devant de la scène est dégagé pour créer une piste de danse improvisée. Une flaque d’eau énorme empêchait l’auditoire de profiter pleinement de l’espace dont il disposait. La lumière rouge des projecteurs m’aveugle temporairement.

Une série de bruits de radio sont joués, des extraits de chansons se font entendre et The Liquor Store arrive sur scène. Ils ne perdent pas de temps et captent l’attention des spectateurs avec une trompette retentissante, une batterie de tonnerre et une partie de guitare rythmique funk.

The Liquor Store est composé de K.O.F. (voix), Max Miller (voix), Félix Blackburn (guitare), Rémi Cormier (trompette), Alex Francœur (saxophone), Félix Leblanc (synthétiseur), Émile Farley (guitare basse) et Jean-Daniel Thibault-Desbiens (batterie). Leur musique est un cocktail de rap, jazz, funk et R & B. Après la première chanson, Francœur dit à la foule : « Approchez-vous ! » En voyant que la plupart des spectateurs étaient encore aux tables après la deuxième chanson, Miller taquine les spectateurs trop timides pour venir sur la piste de danse improvisée. Ensuite, des femmes et des couples commencent à remplir la piste de danse improvisée. Les taquineries de Miller étaient partiellement une introduction à la chanson « Room for everyone » (de la place pour tout le monde), une pièce contenant des critiques sociales. Le groupe enchaîne avec « Hooked », une chanson qui commence par une introduction au piano rappelant « Bitches Brew » de Miles Davis et des couplets dans le même style que Lauryn Hill ou les Fugees accompagnés du chant rap de K.O.F. similaire aux styles de la France. Ensuite, The Liquor Store invite sur scène le chanteur soul Wayne Tennant pour chanter avec eux « In the 514 ». Tennant séduit la foule grâce à ses falsettos stridents mais doux pendant que Blackburn charme les spectateurs à l’aide de son solo sensuel de guitare.

Chaque membre du groupe démontre sa virtuosité à travers diverses pièces instrumentales et improvisations libres. Pendant ces improvisations, les spectateurs applaudissent et encourageaient le groupe. Miller et Francœur, comme des hype men d’un groupe rap, disaient à la foule de sauter et agiter les bras. Les membres rappellent leurs noms, saluent la foule et quittent la scène.

Ce n’est pas fini. The Liquor Store a l’air d’être vidé ; la fête semble être terminée, mais le groupe avait encore de la marchandise à livrer.

Il  revient sur scène avec la chanteuse invitée Nadia Baldé et jouent une pièce soul. Vers la fin du concert, les cuivres font un clin d’œil aux groupes classiques de heavy métal en jouant avec l’auditoire à un jeu qu’ils nomment « question et réponse ». Il s’agit d’appels et réponses : les cuivres « appellent » la foule en jouant une courte mélodie et elle leur répond en la chantant. Elle a chanté chacune des notes avec précision et presque aussi fort que les cuivres.

Le concert en entier était une série de cocktails faits avec maîtrise en utilisant les meilleurs ingrédients des styles les plus diversifiés. Leur prestation était explosive. The Liquor Store ne sert ni de mojitos ni de la bière : ils servent des cocktails Molotov.

Maîtrise et élégance

Note : Cet article a originellement été publié sur le blogue du Trio Fibonacci. Vous pouvez visionner la version originale ici.

« Nous avons choisi un thème d’actualité : les migrants ». Voici comment Julie-Anne Derome a commencé le concert « Artistes migrateurs » le 4 mars à la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts de Montréal. La violoniste du Trio Fibonacci a expliqué que les pièces qu’elle présenterait ce soir sont écrites par des compositeurs qui ont dû quitter leur pays d’origine.

Derome était assise à côté du violoncelliste Gabriel Prynn, mais le pianiste habituel, Wonny Song, manquait à l’appel, car il était en congé de paternité. Il a été remplacé par Michel-Alexandre Broekaert.

Le Trio Fibonacci aimait interagir avec l’auditoire ; ils parlaient tantôt en français, tantôt en anglais. Derome, pour présenter Trio no ° 3 de Heitor Villa-Lobos, a raconté quelques anecdotes :

« Chaque partie de cette pièce me rappelle une partie de la vie de Villa-Lobos. Il était un homme sûr de lui. Il a été dans la forêt amazonienne pour étudier la musique des autochtones et s’est fait capturer par des cannibales. »

En effet, ce trio de Villa-Lobos était constitué de plusieurs parties. Les harmonies de violon et de violoncelle étaient parfaites. Les vibratos puissants, déchaînés, mais maîtrisés de Gabriel Prynn en ont ajouté à l’élégance des parties des cordes. Dès cette première pièce, Broekart a démontré qu’il était le remplaçant idéal de Song. Ses longues phrases legato coulaient parfois avec la douceur d’un ruisseau, parfois avec la puissance d’une chute.

Le Trio Fibonacci a poursuivi avec Vocalise de Sergueï Rachmaninov. Plutôt que de jouer la version originale pour voix et piano, il a joué un arrangement pour violon et violoncelle. Le violon de Derome s’est démarqué par son expression de la puissance émotionnelle du néo-romantisme dont Rachmaninov faisait partie. « En écoutant cette pièce, on ressent vraiment la tristesse et le deuil. », dit Prynn après avoir joué la pièce.

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Crédit photo : Flo Pelz

Prynn a ensuite présenté le Trio n° 2 d’Alexandre Tansman. Il a raconté comment Tansman, grâce à son amitié avec Charlie Chaplin, a pu immigrer aux États-Unis. Ce compositeur juif polonais a fui sa Pologne natale pour se réfugier en France avant de s’installer aux États-Unis. Sa musique qui lui a valu une nomination aux oscars en 1946 reflète son parcours. On pouvait entendre en effet un soupçon de musique klezmer dans ce trio.

Avant l’entracte, le Trio Fibonacci a présenté Trio no° 3 Dumky d’Antonin Dvorak. Derome a décrit cette pièce comme étant « immergé dans le folklore tchèque ». Le début de la pièce est long et lent, mais le reste est plein de moments joyeux et intenses. En réponse à cette prestation énergique, la foule s’est levée et a donné une ovation au Trio Fibonacci, ce qui les a encouragés à revenir sur scène.

À son retour de l’entracte, Derome a dit, d’un air perplexe :

« Quand j’étais étudiante, j’avais un ami guitariste qui jouait du Manuel Ponce. Je me suis demandé “mais qui est ce compositeur obscur ? S’il est peu connu, il doit être mauvais.” Nous allons vous montrer ce soir que cette affirmation est fausse. »

C’était ensuite au tour de Gabriel Prynn de présenter Trio Romantico de Manuel Ponce. Il a décrit cette pièce comme étant aussi « dramatique et musclée qu’une pièce de Beethoven. » Il a précisé: « Avant de vous laisser aller dans la froideur de la nuit canadienne, j’espère vous faire ressentir la chaleur du Mexique ». Tout ce que les membres du trio on dit était vrai. Broekaert a démontré la puissance de cette pièce grâce à son jeu de tonnerre spectaculaire. L’alchimie entre les trois musiciens se démontrait à travers des phrases d’appels et réponses qu’ils s’échangeaient.

Après le concert, le Trio Fibonacci a reçu une ovation plus grande que celle à l’entracte. L’intensité et la virtuosité du trio ont été au service des émotions véhiculées par les pièces. Bref, ce concert se résume à deux mots : pure passion.

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Crédit photo : Flo Pelz

Qatar le bouc émissaire

Des pays comme l’Égypte et l’Arabie Saoudite ont coupé leurs liens avec le Qatar. La raison officielle est ce pays soutien le terrorisme. Il y a des pays qui soutiennent le terrorisme islamique plus que le Qatar (tel que l’Arabie Saoudite), mais aucune sanction n’a été imposée contre eux. Évidemment, rien n’a été fait contre eux, car le Qatar est un bouc émissaire pratique.

Les actions de l’Égypte contre le Qatar

Une des manières que l’Égypte punit le Qatar est de bloquer leurs sites web d’actualité comme Al Jazeera et le Huffington Post en arabe. Le Qatar a été impliqué dans le terrorisme en Égypte en appuyant les Frères musulmans pendant le mandat de Mohamed Morsi. Historiquement, l’Arabie Saoudite a causé

Drapeau du Qatar
                              Drapeau du Qatar

plus de terrorisme et de criminalité en Égypte que le Qatar. L’Arabie Saoudite finançait les Frères musulmans. Ensuite, pendant les années 1980, des Égyptiens travaillant en Arabie Saoudite ont ramené dans leur pays d’origine le salafisme, ce qui a augmenté son influence au sein des Frères et à travers l’Égypte. Si l’Arabie Saoudite est à l’origine de beaucoup de terrorisme, pourquoi est-ce que l’Égypte n’impose pas de sanctions sur ce pays ?

N’oublions pas que l’Égypte et l’Arabie Saoudite se disputent encore les îles Tiran et Sanafir. L’Égypte a aussi reçu du financement de l’Arabie Saoudite pour construire leur nouvelle capitale, une extension nouvelle et moderne du Caire. Intensifier un tel conflit serait risqué.

Mais ce n’est pas tout. Les États-Unis et l’Arabie Saoudite sont des alliés. Donald Trump discute avec le président Égyptien Abdel Fatah Al-Sisi pour divers enjeux : rétablir la relation entre les États-Unis et l’Égypte, la situation des chrétiens… L’Égypte mettrait en danger sa relation avec les États-Unis si son conflit avec l’Arabie Saoudite empirait.

Qu’en tirent les Saoudiens ?

Les Saoudiens ont aussi quelque chose à gagner en imposant des sanctions au Qatar. Dans le conflit entre l’Arabie Saoudite et les Houthis au Yémen, le Qatar a soutenu les Houthis. Au Moyen-Orient, l’Iran a tendance à soutenir les groupes armés chiites. L’Arabie Saoudite considère les chiites iraniens comme

Drapeau de l'Égypte
Drapeau de l’Égypte

des ennemies, car selon le wahhabisme, le chiisme est une forme d’Islam illégitime. Cette croyance n’a aucune fondation religieuse : il s’agit simplement d’une excuse pour piller des caravanes iraniennes au XIXe et au XXe siècle. Affaiblir les partisans des Houthis affaibli donc la présence de l’Iran, leur ennemi, dans la région du Golfe.

L’Arabie Saoudite évite les sanctions en trouvant ce que les pays de la région ont en commun contre ses ennemis. Certes, le Qatar est impliqué dans le terrorisme islamique, mais il est un bouc émissaire si pratique. Ces sanctions servent de plus de punition pour un ennemi des Saoudiens que de frein pour l’État islamique. C’est la loi du plus fort ou plutôt, celle du plus riche.

Drapeau de l'Arabie Saoudite
Drapeau de l’Arabie Saoudite

 

 

Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 2)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. Lisez la première partie ici.

Il y a quelques deux ou trois ans, j’étais stagiaire chez la revue Sujets Canadiens. J’y révisais des articles savants sur l’immigration. Je travaillais avec des diplômés récents et des étudiants du troisième cycle universitaire. Je révisais un article sur le faible taux de fécondité chez les Sino-Canadiennes. Je n’étais pas certain du sens de fécondité alors j’ai demandé le sens à une collègue, Courtney :

« - Courtney, en sciences humaines, est-ce que la fécondité signifie seulement “‘capacité à se

Reçu de taxe d'entrée imposée aux Chinois
Reçu de taxe d’entrée imposée aux Chinois

reproduire ?”’

– Non, Peter. Ça peut aussi signifier le nombre d’enfants que les femmes peuvent avoir selon leurs moyens. »

J’étais étonné de lire que les Chinoises interviewées pour cette étude désiraient fortement d’avoir des enfants en Chine, mais qu’une fois arrivée au Canada, ce n’était plus important. J’étais également étonné en révisant un article sur des immigrants africains s’installant dans les Prairies[1]. Les immigrants africains avaient tendance à s’isoler du reste de la population et se tenir avec des gens de leurs propres ethnies. Ils ne se tenaient pas avec les gens originaires de la région, car ils ne comprenaient pas leur langue et ne pouvaient pas s’identifier aux Canadiens. J’ai trouvé tout ça étrange, alors j’en ai parlé à Courtney.

« Tu sais, le Canada n’avait pas toujours tant de diversité : il y avait une taxe d’entrée imposée sur les Chinois et les immigrants non européens n’étaient pas acceptés sauf les Chinois et les sikhs. »

Courtney parlait du multiculturalisme de Pierre Eliott Trudeau. Avant lui, le Canada ne voulait accepter que des immigrants européens blancs. Trudeau avait désespérément besoin de peupler le pays et de faire travailler des gens afin qu’ils paient des impôts. Pour répondre à ce besoin, il a commencé à accepter des immigrants de divers pays. Mais comment faire en sorte que ces immigrants s’intègrent ? Appliquer sa vision du Canada : une nation faite de diverses nations qui coexistent à l’intérieur des mêmes frontières. Le mot clé ici est « coexister ». Il n’y a pas de place pour l’idéologie, le bien ou le mal. Toutes sources de tension devaient être éliminées.

Le multiculturalisme ne semble pas être une manière efficace d’accroître la population du Canada, car celle-ci ne se renouvelle pas. La seule manière de mettre fin à la croissance démographique négative est d’accepter plus d’immigrants chaque année.

Courtney n’était pas montréalaise. Elle disait qu’elle venait de Toronto, mais elle venait vraiment de Scarborough qui fait partie de la région métropolitaine de Toronto. Scarborough est une friche industrielle où les immigrants récents s’installent. Courtney m’a dit qu’elle allait à une école publique catholique très pauvre. Il n’était pas rare de voir des filles de son école tomber enceintes avant la fin de leurs études. De temps en temps, quand il n’y avait pas beaucoup de travail à faire, nous parlions de politique canadienne, notre jeunesse à l’école secondaire, l’actualité et de choses quelconques.

Je croyais que « les bruns » (brown people) étaient le nom que donnaient les Américains aux Mexicains pour les dénigrer. Toutefois, dans la région métropolitaine de Toronto, c’est une insulte envers les Indiens (les gens venant de l’Inde). Sa vie à l’école secondaire ressemblait à la mienne : elle est allée à une école secondaire en banlieue où les élèves étaient de différentes ethnies. Il y avait deux différences : Elle habitait de Scarborough et moi, Laval (en banlieue de Montréal). L’autre différence était que la plupart des élèves de son école étaient d’origine indienne ou caribéenne tandis qu’à mon école, la moitié des élèves était d’origine grecque, libanaise, arménienne ou haïtienne. L’autre moitié était canadienne-française. La plupart des étudiants se tenaient avec des élèves de la même ethnie qu’eux. « Je ne me tenais pas avec d’autres Indiens. Je ne voulais pas être avec d’autres bruns parce que leurs parents connaissaient les mieux. Ils ne savaient vraiment pas comment se mêler de leurs affaires », a dit Courtney. J’ai cru qu’elle aurait aimé passer plus de temps avec des gens de son ethnie, car elle en savait beaucoup sur l’histoire et la culture indienne. Cependant, elle a véritablement adopté les valeurs du Parti libéral sous Trudeau telles que « la diversité » et « l’inclusion ».

 

[1] Les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta qui se trouvent dans le centre du pays.

 

 

À suivre…

Autochtones : Retour en Force

Au Canada, les autochtones sont dépeints comme étant des êtres tragiques dans les médias. On entend une histoire sur les pensionnats, une autre sur la disparition de femme, une autre sur la destruction de leurs traditions culturelles… On dirait qu’ils sont destinés à la misère.

Pas du tout. Certaines communautés s’épanouissent. Les jeunes autochtones résistent. Les autochtones âgés leur sourient.

Contexte de la résistance culturelle des autochtones

Drapeau de la confédération iroquoise
Drapeau de la confédération iroquoise dont les Mohawks font partie.

Je vais à un événement de la COOP Le Milieu nommé « Partage du savoir indigène : premières Nations

et Indigènes ». Je jette un coup d’œil et je vois des tables sur lesquels sont étalés des perles colorées, des bijoux, des dessins et des châles. Je trouve aussi sur une table la carte de visite d’un organisme nommé Montréal Autochtone. C’est palpitant ! Ils offrent des cours de langues autochtones; Les projets de revitalisation et préservation linguistique me fascinent. Je demande s’il y a des exposants représentant Montréal Autochtone et on me présente une vieille dame mohawk :

« Je ne suis pas de Montréal Autochtone, mais je répondrai à vos questions du mieux que je peux. »

Beverly (ce n’est pas son vrai nom) est une aînée mohawk, une ancienne enseignante, une ancienne juge et a travaillé dans le système correctionnel. Elle vient de Kahnawake, au sud de Montréal.

« Oui, il y a plein de projets de revitalisation des langues autochtones. Quand j’étais petite à l’école, il n’y avait rien de cela » dit Beverly. « À l’école, on m’apprenait que j’étais une sauvage. »

Pendant la jeunesse de Beverly, les écoles canadiennes enseignaient que les autochtones étaient essentiellement des barbares et avaient besoin d’être civilisés en adoptant des coutumes européennes occidentales. Les pensionnats pour Amérindiens étaient les écoles qui imposaient cette politique coloniale le plus. Son témoignage me rappelait celui d’un politicien blanc canadien-français que je connais d’Oka-Kanesatake, une autre région mohawk. Il m’a dit que quand il était à l’école primaire, les enseignantes disaient : « Si vous voulez savoir de quoi ont l’air les démons et voir leur comportement, observez les Mohawks. »

Beverly parle aussi des séquelles que laisse une telle mentalité coloniale chez les hommes autochtones.

« Tu sais, quand je travaillais dans le système correctionnel, je travaillais avec beaucoup d’hommes autochtones. Je leur ai appris à être des hommes autochtones et qu’être Autochtone ne fait pas d’eux des gens essentiellement mauvais. »

La situation de la langue et des coutumes mohawks à Kahnawake

J’ai déjà entendu parler d’écoles primaires et secondaires qui enseignent la langue mohawk, mais Beverly me parle d’une école à Kahnawake qui offre un programme d’immersion linguistique en mohawk. Elle dit aussi que les vendredis, les élèves et le personnel de cette école mohawks et non mohawks portent des vêtements mohawks traditionnels. Elle en est si ravie qu’elle ne peut pas le cacher. De plus, les pancartes à Kahnawake sont en anglais et en mohawk. Beverly raconte comment ces pancartes bilingues rendent les gens perplexes.

« Quand j’étais juge chargée de régler des cas relatifs à la circulation, un homme a contesté une contravention qu’il a eue pour avoir grillé trois panneaux d’arrêt de suite. Je lui ai dit :

– As-tu passé trois panneaux d’arrêt sans arrêter ?

– Oui, mais ces panneaux servaient de tests.

– Qu’est-ce que tu veux dire ? Ils étaient de dimensions réglementaires, ils étaient visibles, “‘Stop”’ y étaient inscrits…

– Ça disait aussi “‘Testan”’ ».

« Testan » en mohawk signifie « Arrêt ».

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Le panneau d’arrêt mohawk qui rend perplexe. Source: Wikicommons

De l’espoir pour l’avenir

Beverly est optimiste : « Le maire de Montréal, Denis Coderre, a reconnu que Montréal, nos terres de chasse originelles, était à l’origine une terre autochtone. Cette reconnaissance me donne espoir qu’un jour, nous récupérons nos terres. En fait, on ne peut pas, car ils [les descendants des colonisateurs européens] les ont détruites et rendues laides. Nous pouvons au moins espérer que nous aurons notre mot à dire dans notre pays ».

Les communautés autochtones se relèvent ; voilà l’histoire qu’on devrait entendre plus souvent.

Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 1)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. 

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Entrée d’une mosquée à Montréal, au Canada. Le nom a été enlevé. Photo de Mark Homsany

Il est presque 23 h. Je viens de descendre de l’autobus et je rentre chez moi après une longue journée de travail. Une brise légère souffle. Des hommes en tuniques blanches portant de longues barbes se réunissent à un coin de rue. Des femmes à l’autre côté de la rue couvertes de la tête aux pieds marchaient côte à côte et bavardaient. Ensuite, je l’ai entendu résonner à travers le ciel nocturne :

« Allahu akbar. Allahu akbar. Achhadu an la ila illa Allah. »

Je n’étais pas au Moyen-Orient : je marchais sur le boulevard Laurentien dans le quartier Cartierville à Montréal, Québec, au Canada.

Oui, Montréal représente véritablement la vision de Pierre Elliott Trudeau du Canada : une mosaïque composée de gens coexistant sur une même terre en paix et en harmonie. Une nation composée de diverses nations. Un peuple uni par leurs différences et pas divisé par des valeurs émotionnelles qui causent des guerres comme le patriotisme. Un pays qui est plaisant et qui exige très peu de sacrifices de ses citoyens.

En effet, le multiculturalisme, l’individualisme, la pluralité et le relativisme sont à l’origine de tellement de progrès social au Canada. Le multiculturalisme de Trudeau est une expérience qui n’a jamais été tentée par le passé ; nous n’avons pas encore les résultats.

Des événements comme la fusillade à la mosquée de Sainte-Foy le 29 janvier 2017 indiquent que cette belle expérience n’est peut-être pas parfaite. Alexandre Bisonnette, suprémaciste blanc et partisan de la politique d’extrême droite, a ouvert le feu sur des musulmans qui priaient. Des citoyens ordinaires ont exprimé leur incrédulité et leur bouleversement sur les médias sociaux : comment est-ce qu’une telle tuerie peut se produire dans un pays ou la diversité ethnique est tellement louangée ?

À la lumière de cette tuerie, le Canada que Pierre Elliott Trudeau a commencé à construire semble être un compromis plutôt qu’une amélioration. Est-ce que ce compromis en valait la peine ?

À suivre…

Coptes et musulmans d’Égypte : indivisibles pour l’État islamique

Le premier jour du ramadan 2017, l’État islamique a attaqué trois autobus transportant des enfants coptes (chrétiens autochtones de l’Égypte) en excursion au monastère Saint Samuel près d’Al-Minya.

L’EI a tué des enfants en excursion. EI, vous êtes tellement durs à cuire et virils. Vous avez sûrement épaté le Bon Dieu avec votre dévouement et bravoure. Vos mamans doivent être si fières de vous. Tenez, vous méritez un biscuit (empoisonné).

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Ce graffiti du Printemps arabe démontre la solidarité entre chrétiens et musulmans en Égypte. La croix a été mutilée, sûrement par un extrémiste musulman. Photo prise en 2012 à Maadi, Égypte, par Mark Homsany.

C’est un cycle : l’EI attaque des Coptes ; beaucoup de femmes et enfants meurent ; des messages de deuil, de colère et de critique des chrétiens et des musulmans abondent sur les médias sociaux ; les politiques expriment formellement leurs sincères condoléances ; et le cycle se répète. Il y a des tensions entre les chrétiens et les musulmans de l’Égypte depuis le Moyen Âge, toutefois, ils sont unis. Il en est ainsi depuis au moins le début du XXe siècle.

Il n’est pas étonnant de voir des chrétiens et des musulmans se protéger les uns les autres pendant qu’ils prient et crier « Chrétiens ! Musulmans ! Comme les doigts de la main ! »* pendant le Printemps arabe. Le pharaonisme, forme de nationalisme égyptien, a vu ses débuts au commencement du XXe siècle. Il souligne que les Égyptiens ne sont pas des Arabes, mais des descendants des anciens Égyptiens et qu’ils font partie d’une vaste civilisation méditerranéenne. Ce nationalisme met l’accent sur l’importance du Nil et de la Méditerranée. En d’autres mots, les Égyptiens de toutes les religions et ascendances ont en commun l’amour qu’ils ressentent envers leur pays et leur Histoire. Cette unité se reflète dans les paroles de Sayed Darwish. Il était compositeur, révolutionnaire, le père de la musique égyptienne moderne et l’auteur de l’hymne national égyptien. Il chantait des paroles qui avaient pour but de rallier les Égyptiens contre les Britanniques tels qu’« Aime ton voisin avant d’aimer ta propre existence/C’est quoi un chrétien ? C’est quoi un musulmans ? Un juif ? De quoi tu parles ?/Ce ne sont que des mots, nous venons des mêmes ancêtres »**. Cette même chanson ainsi que d’autres de Sayed Darwish ont été chantées par les manifestants pendant le Printemps arabe.

Donc, si la société égyptienne est si unie, pourquoi y a-t-il des tensions entre chrétiens et musulmans ?

graffiti du Printemps arabe imitant le drapeau de 1919
Ce graffiti du printemps arabe imite le drapeau de la Révolution égyptienne de 1919. Il est inscrit «Vive le croissant de lune avec la croix». Photo prise à Maadi, Égypte, en 2012 par Mark Homsany.

Le wahhabisme, le mouvement qui influe sur les groupes musulmans extrémistes des Frères musulmans à l’EI, dresse les chrétiens et les musulmans les uns contre les autres. Selon le wahhabisme, tout ce qui est différent de sa version de l’Islam nuit à la société. Autour du Nouvel An en 2011, le gouvernement de Hosni Moubarak a embauché des extrémistes musulmans pour bombarder l’église des Saints à Alexandrie. Le but du gouvernement de Moubarak était de produire une querelle entre chrétiens et musulmans pour tenter de mater le Printemps arabe. L’État islamique vise un objectif similaire pour envahir l’Égypte. Ils attaquent les chrétiens les jours de fête et près des monuments symboliques pour qu’ils aient trop peur de pratiquer leur religion et par le même biais, forcer les musulmans à vivre dans la peur. Est-ce que le plan de l’EI porte fruit ?

Les Égyptiens ont peur, certes, mais ils ont vécu plus de 2 000 ans d’occupation étrangère et des années de dictature. Ils peuvent résister à une autre crise. Les attentats et l’injustice en Égypte ne font que rassembler les chrétiens et les musulmans et cela est la preuve que l’EI ne peut pas gagner. Terroristes, ça va brasser.

*Ils disaient littéralement « Musulmans ! Chrétiens ! Une seule et même main ! »(مسلمين مسيحيين يد واحدة)

**Tiré de « Lève-toi, Égyptien! » (قوم يا مصري). Traduction de Mark Homsany

Coup de gueule : les cours d’Histoire du Canada au Québec

Quand j’étais encore à l’école, l’Histoire du Canada n’était pas une matière pour laquelle les élèves se histoire_canadienne_quebec_ennuyeuseforçaient parce que, contrairement au mathématiques et la physique, les notes en Histoire ne déterminaient pas dans quel programme on serait accepté. J’ai l’impression qu’il y a un désintérêt généralisé pour l’histoire du Canada au Québec. Le premier contact des enfants canadiens avec l’histoire de leur pays se fait à l’école et le programme scolaire du Québec est la raison pour laquelle ils la trouvent si ennuyeuse. Voici pourquoi ce programme est si ennuyeux :

L’Histoire du Canada est présentée comme étant une longue dispute ennuyeuse entre les Français et les Anglais

L’Histoire du Canada est enseignée au Québec comme étant la lutte des Français contre les « maudits Anglais » (ici, « maudits Anglais » fait allusion au Canadiens de culture anglophone) pour obtenir une reconnaissance culturelle et nationale. Cette lutte a été menée à travers quelques batailles et beaucoup de signature de paperasse. Que faisaient les Canadiens-Français et les Canadiens-Anglais à part se quereller ? Comment était la société à l’époque ? Quelle était la mentalité des deux ethnies ? Ce récit présente le Canada comme étant unidimensionnel. L’Histoire ne peut pas fasciner par le biais de traités et de perspectives limitantes.

Les Canadiens-Français et les Canadiens-Anglais ne sont pas les seuls ethnies au Canada

Bien avant l’arrivée des Français et des Anglais au Canada, il y avait divers peuples autochtones. Ils semblent être de moindre importance dans le programme scolaire, car après les premiers chapitres, ils ne sont plus mentionnés comme s’ils s’étaient évaporés. Certains Canadiens-Français ont des noms de famille irlandais comme Bourque (version francisée de « Burke »), mais on en apprend très peu sur la migration des Irlandais pendant la Grande Famine et les raids féniens. Quand John A. MacDonald a colonisé les Prairies, il y a envoyé par train beaucoup d’immigrants mais on en parle peu. Il a pu les envoyer par train, car des ouvriers chinois ont construit le chemin de fer. Je peux m’éterniser, mais dresser une liste des diverses ethnies n’est pas mon but : il y a beaucoup d’ethnies au Canada et ils ont influé sur son Histoire.

Le Québec n’est pas isolé du reste du monde

En effet ! Le Canada suit un système fédéral qui donne à chaque province beaucoup de liberté, entre autre, celle d’avoir leur propre programme scolaire. Le programme d’Histoire du Canada au Québec se focalise tellement sur le Québec qu’on oublie qu’il y a d’autres provinces et les États-Unis au sud. Les provinces anglophones et les États-Unis ont des relations avec le Québec. Puisqu’on se plaint de la langue anglaise, pourquoi ne pas parler des régions en périphérie et de comment elles influencent le Québec ?

On parle trop peu de l’immigration et du multiculturalisme

Si vous vivez dans une grande ville canadienne comme Montréal, vous avez sûrement déjà vu des gens qui n’étais ni Canadiens-Français ni Canadiens-Anglais. Il y a eu des vagues d’immigration depuis au moins le temps de John A. MacDonald et l’immigration est un thème récurrent dans les médias. Qui sont ces immigrants ? Pourquoi viennent-ils au Canada ? Pourquoi y a-t-il des vagues d’immigration ? Le multiculturalisme de Pierre Eliott Trudeau influence encore la société canadienne. On supposerait qu’une partie si importante de l’Histoire et la société canadienne serait abordée à l’école, mais non, elle ne l’est pas.

Un programme qui abruti

Mon ancien professeur d’Histoire à l’université a dit au début de son cours : « Pour comprendre un pays, il faut comprendre sa politique. Pour comprendre sa politique, il faut comprendre son histoire ». Le programme scolaire semble être conçu pour empêcher les Québécois à comprendre le pays dans lequel ils vivent. Pire, cette vision unidimensionnelle de l’Histoire du Canada empêche les Canadiens de poser des questions importantes comme « vers quoi nous dirigeons-nous en tant que pays et que devrions-nous faire ? » Je crois que l’école n’est pas conçue pour former des citoyens qui portent des réflexions sérieuses sur leur pays.

Êtes-vous d’accord ? Faites part de vos commentaires !

Mécanisation

Elle était toujours stressée, toujours fatiguée mentalement et physiquement. Elle était déchirée par ses multiples vies. Il n’est pas facile de, porter, pendant quelques heures, le déguisement de mère de famille; plus tard, celui de femme au travail; ensuite, l’habit de femme mariée. On ne peut surtout pas s’arrêter pour se reposer. Oh non! Lorsqu’on se repose, on néglige ses responsabilités. Lorsqu’on ne porte pas un Femme cyborguedes multiples costumes, le désordre arrive comme un ouragan. Il est évident qu’elle brûlait la chandelle par les deux bouts. Elle était désespérée par sa situation; elle croyait que la meilleure façon d’y remédier était de sombrer, de se laisser consumer par le travail pour ne plus avoir à penser à sa fatigue.

 

En allant au travail, elle vit que tous ses collègues paraissaient tristes.  Le patron avait une mauvaise nouvelle à lui annoncer : la compagnie avait fait faillite. Oh! mon Dieu! C’était une triste nouvelle en effet! Si elle n’avait plus de travail, comment pourrait-t-elle chasser ses idées noires, ses questions sur la fatigue? Le soir, dans son lit, son mari lui demanda « Chérie, qu’est-ce qui ne va pas ? ». Elle ne répondit pas. Elle demeura assise dans son lit avec un regard vide. Elle pensait à une nouvelle manière de sombrer dans le travail, de ne plus penser à ce cercle vicieux des changements de rôles et à sa fatigue. Le fait qu’elle pensait était, pour elle, un signe de chute.

 

Le lendemain, elle se mit à marcher de gauche à droite, de haut en bas, du nord au sud, du nord-est au sud-ouest en passant le balai pour nettoyer un sol déjà impeccablement propre. Elle cuisina un déjeuner grandiose, idéal pour un banquet, alors que le seul pour qui elle devait cuisiner était son fils de dix ans. Celui-ci lui demanda : « Maman, pourquoi travailles-tu quand on n’en a pas besoin ?». Ah! cette petite vermine! Les enfants sont de véritables bêtes de cheptel! Et si ingrats! Ils se gavent, ils courent partout et crient comme des bêtes. Ils ne pensent qu’à eux-mêmes. En plus, les bêtes produisent du lait, des œufs, de la viande et du cuir. Les enfants, eux, ne procurent que des maux de têtes et de la fatigue. La mère, continua de plus belle ses activités de machine, sans répondre à son enfant qui l’avait forcé à penser, à marcher avec des pas lourds.

 

Le soir suivant, elle continua ses activités, mais de plus en plus exagérément. Elle n’avait même pas eu le temps d’aller au lit la nuit précédente. Elle n’en avait plus besoin. Son mari descendit dans la cuisine et vit un dégât atroce : la nourriture était brûlée, du mélange à gâteau coulait sur les murs, l’évier débordait, la lessive mouillée traînait sur le sol et une série de vis, d’engrenages et de ressorts traçait un  chemin vers le sous-sol. Le mari suivit le chemin et vit sa femme. Elle ne pensait plus. Elle était grise métallique. Des étincelles lui sortaient de l’épaule, son bras pendait et le couvercle de son ventre était ouvert. À l’intérieur, il vit des fils électriques à la place des intestins et au lieu d’un cœur, une pierre.

Note : J’ai écrit cette nouvelle en 2007. Je l’ai présenté sur scène au spectacle « La fête de la lecture » au Collège Montmorency la même année. Elle a été écrite en tant qu’hommage à « Votre appel est important » de Normand de Bellefeuille. C’était la première histoire que j’ai présenté en public de ma vie. Après avoir vu ma prestation, deux de mes amis les plus intimes m’ont encouragé a devenir écrivain. Je leur serai toujours reconnaissant pour leur soutien.