Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 3)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. Lisez la première partie ici et la deuxième ici.

Je me souviens d’une conversation avec trois de mes bons amis dans leur appartement il y a à peu près trois ans. Nous parlions de politique.

« Le Québec devrait se séparer ! », a dit Jean-Philippe.Des racistses partout

« Le Canada n’est qu’un tas de provinces collées ensemble », a répondu Sarah.


Sarah et Jean-Philippe se fréquentaient. Elle était d’origine mohawk et canadienne-française et elle a grandi à Oshawa et Toronto. Il venait de Montréal et a vécu un peu à Toronto.

Quand Sarah était à l’école secondaire, la présence et les contributions des Français étaient totalement ignorées. On mettait surtout l’accent sur l’héritage britannique et l’attachement aux symboles anglais comme la reine. Sarah devait même chanter The Maple Leaf Forever quand elle était au primaire avant le début des cours. Elle n’a jamais cru à la confédération et croyait que le Loyalisme était répugnant. Elle trouvait le loyalisme encore plus répugnant en raison de son héritage mohawk et du fait que sa grand-mère a été envoyée à un pensionnat pour Amérindiens quand elle était petite. Pas étonnant que Sarah soit une partisane si fervente du mouvement Idle No More.

Jean-Philippe était un ami d’enfance : je le connais depuis la deuxième année du primaire. Nous sommes allés à la même école catholique francophone. L’Histoire du Canada au primaire et au secondaire était enseignée comme étant de longues batailles ennuyeuses entre les Français et les « maudits Anglais ». Ils se battaient en échangeant des paroles et en signant du papier. On parle à peine des relations entre les peuples autochtones et les Européens. On traite à peine l’immigration après l’époque coloniale. On a mentionné les Irlandais, mais pas les raids féniens. Le programme d’histoire semble avoir été fait de manière à dépeindre les canadiens-anglais comme étant les gros, vilains oppresseurs des Canadiens français et non comme étant cofondateurs du Canada moderne.

Les différences entre l’enseignement de l’Histoire au Québec et en Ontario ne devraient pas être étonnantes : le système scolaire est sous juridiction provinciale et non fédérale. Chaque province a sa propre identité, mais n’a pas nécessairement des choses en communs. Par exemple, il n’est pas rare au Québec de diviser le Canada en deux : le Québec et ROC (Rest of Canada. Le reste du Canada). Le Canada est une fédération constituée de dix provinces et trois territoires. Puisque le gouvernement fédéral du Canada n’est pas centralisé, les provinces jouissent de beaucoup d’autonomie par rapport au gouvernement fédéral. Les territoires, toutefois, dépendent beaucoup du gouvernement fédéral, car ils ne sont pas très peuplés.

Plus tard, notre conversation est passée à l’immigration.

« Les immigrants ne devraient pas avoir le droit de rester s’ils ne veulent pas apprendre le français et l’anglais et adopter les coutumes canadiennes, » dit Sarah.

« Le Canada est grand : il y a assez de place pour différentes personnes, » dit Casey.

« Je m’en fous. Je ne suis pas raciste ».

Casey était moitié Micmaque, moitié Acadienne du Nouveau-Brunswick, mais comme Sarah, elle a grandi à Toronto. Tout comme Sarah, la grand-mère de Casey a été à un pensionnant pour Amérindiens, mais contrairement à Sarah, elle n’a jamais vécu dans une réserve. Elle n’a jamais vraiment réfléchi à son identité avant de déménager à Montréal et de faire du bénévolat dans un centre communautaire pour Autochtones. Elle ne s’attache pas vraiment au Canada et aux symboles canadiens : elle croit que le patriotisme et même le soutien de n’importe quelle idéologie font des gens des extrémistes. Elle ne veut vraiment pas que qui que ce soit la prenne pour une personne discriminatoire.

Bien qu’elle ne fait pas vraiment part de son opinion et qu’elle ne veut pas vraiment commencer de débats sur ses croyances, elle croit qu’il y a assez de place au Canada pour les blancs, les autochtones et tous ceux qui ont été forcés de quitter leur pays d’origine.

 

À suivre…

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