La révolte au Liban : vengeance

Les Libanais en ont marre. Leur système bancaire est merdique. Leur gouvernement aussi. Il est temps de se révolter.

Lina Mounzer a écrit dans le New York Times sur la goutte qui a fait déborder le vase. Elle a prétendu qu’aux banques libanaises, seuls les grands déposants peuvent retirer autant d’argent qu’ils le souhaitent. Il en est ainsi, car le capital au Liban ne sert pas à augmenter la productivité, mais à stabiliser la parité avec le dollar américain. De plus, le système politique confessionnel au Liban est toujours courant parce que le gouvernement croit que c’est la seule manière de préserver la paix et l’ordre.

Les chrétiens et les musulmans du Liban se battent pour faire le ménage au sein de leur gouvernement. Qu’est-ce que cela représente pour les Libanais à l’étranger et leurs descendants ? La vengeance. Douce et tendre vengeance.

Je suis un descendant des Syro-Libanais d’Égypte. Le sang libanais vient de la famille de ma mère. J’ai grandi à Laval et passé beaucoup de temps dans les arrondissements de Cartierville et Saint-Laurent à Montréal, arrondissements où beaucoup de Libanais habitent. Pendant que j’étudiais la politique et l’histoire du Moyen Orient ou que j’en apprenais sur la diaspora libanaise au Québec, il y avait une constante : une humiliation qui ne disparaissait tout simplement pas.

Une vague d’immigration à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle

À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, des Syriens et des Libanais, principalement des chrétiens et des Juifs, ont fui le Levant Ottoman pour se réfugier dans l’Égypte des Khédives, à New York ou au Brésil. Que je cherche des réponses dans les livres ou auprès de ma famille, les réponses étaient les mêmes : les Syriens et les Libanais fuyaient à la recherche de possibilités économiques. Je suppose aussi que l’Empire ottoman était oppressif envers les chrétiens et les Juifs. Joseph A. D. Sutton mentionne dans Aleppo Chronicles que certains Syro-Libanais quittaient leur pays pour éviter la conscription dans l’armée ottomane.

Les Syro-Libanais d’Égypte ont connu pendant un moment la prospérité. Les frères Taqla ont fondé « Al-Ahram », un journal égyptien célèbre et Farid Al-Atrash est devenu une vedette de cinéma et laissait le monde arabophone bouche bée grâce à ses solos rapides et techniques d’oud. Ensuite, Nasser est arrivé au pouvoir et les Syro-Libanais ont fui vers l’Europe de l’Ouest et les Amériques.

La guerre du Liban : une autre vague d’immigration

La guerre du Liban a débuté en 1975. Les raisons pour lesquelles elle a commencé dépendent de qui vous interroger. Les groupes chrétiens de l’extrême droite tels que les phalangistes disent que c’est toute la faute des Palestiniens et du débordement du conflit israélo-palestinien. D’autres diront que le système confessionnel instauré par la France (seules des personnes de certaines religions peuvent occuper certains postes) est sans doute une des causes principales. L’influence néfaste du colonialisme européen est indéniable.

Les Européens ont choyé les Juifs et les chrétiens plutôt que les musulmans dans le but de diviser la société et affaiblir l’Empire ottoman. Les Libanais étaient incapables ou n’avait aucune volonté de voir clair dans le jeu de la France et les chrétiens, les Juifs et les musulmans se sont fait la guerre pour gouverner le pays.

La guerre du Liban, selon ce que les livres, les gens qui y ont combattu pendant leur adolescence et des professeurs à l’université m’ont dit, est un gros fouillis idiot plein de malentendus et d’escarmouches. Parmi ces sources, personne n’a pu me donner une explication définitive de la guerre parce qu’ils ne pouvaient pas la comprendre, par rectitude politique ou parce qu’ils se préoccupaient plutôt de défendre leur endoctrinement.

Cela expliquerait pourquoi tant de chrétiens libanais et d’Arméniens qui ont combattu dans la guerre pendant leur adolescence me disaient d’une voix robotique avec un regard vide : « Nous… défendions notre… pays… notre religion… et nos intérêts… et se ralliant… aux phalangistes… »

Peu importe ce que les gens croient qu’était la cause principale de la guerre du Liban, elle a causé une autre vague d’immigration libanaise aux Amériques.

L’immigration libanaise au Québec après la guerre du Liban

Les Libanais qui sont venus au Québec se sont principalement installés dans les arrondissements de Cartierville et Saint-Laurent. Certains ont ensuite déménagé au nord dans des quartiers comme Chomedey, à Laval. Dans ma jeunesse, dans ces quartiers, j’étais entouré de Libanais. Beaucoup de garçons et filles d’origine libanaise à l’école étaient populaires, des brutes ou les deux. Les adultes libanais et ces brutes à l’école m’ont enseigné que les Libanais étaient arrogants, imbus d’eux-mêmes, superficiels, vantards et en dépit du fait qu’ils vantaient leurs connaissances de la langue arabe, ne savait que dire des gros mots et se moquer des autres en arabe. Heureusement qu’en travaillant avec des Libanais qui venaient d’arriver au Canada à l’âge adulte, en ayant des professeurs libanais à l’université, en étant catéchiste dans une église copte catholique et en enseignant l’anglais dans une école secondaire au Japon, je me suis rendu compte que le mauvais comportement des brutes n’était pas caractéristique des Libanais, mais des adolescents immatures.

Ces expériences avec les jeunes n’ont pas expliqué le mauvais comportement des adultes libanais. L’article de Mounzer m’a aidé à comprendre pourquoi tant de Libanais avec lesquels j’ai grandi se sont venté d’être riches alors qu’ils étaient en réalité pauvres. Elle dit : « Pendant des années, j’ai ressenti une honte en me souvenant de cette conversation avec le directeur de banque. Je me suis fait dire qu’une personne vaut exactement ce qui se trouve dans leur compte de banque et que mes difficultés financières étaient une question d’échec personnel plutôt que des forces du système à l’œuvre. » Tant d’adultes libanais dans mon entourage se sont vantés de leur intelligence, leur sagesse, de leur ruse pour avoir profité du système canadien. Un exemple serait ce reportage de Radio-Canada sur des Libano-Canadiens commettant des fraudes de citoyenneté pour vivre au Liban tout en profitant des services du Canada.

Quand j’exprimais dans ma jeunesse ma tristesse et ma colère par rapport à la guerre du Liban aux adultes libanais, ils esquissaient un sourire narquois, prenaient un ton dénigrant et se vantaient en disant : « J’en ai tellement vécu. Toi qui es né au Canada, tu ne sais pas ce qu’est souffrir. Tu ne pourrais jamais comprendre ça. Tu as tout ici au Canada. Maintenant, va aller jouer. »

Est-ce vraiment la peine se vanter de la douleur et de l’humiliation ?

Ce que cette révolution libanaise pourrait signifier (pour moi et les autres)

Mon expérience de la diaspora libanaise était centrée sur l’humiliation. Cache ton humiliation en te vantant, fuis en Occident, vante-toi un peu plus de ta vie difficile et critique la vie facile des Occidentaux.

Cette époque pourrait bien être révolue.

Les Libanais qui sont toujours au Liban montrent qu’ils en ont marre des gouvernements qui ne font pas leur travail. Ils montrent qu’ils en ont marre de fuir à l’étranger.

Je me souviens des faces laides des Libanais qui m’ont fait des sourires narquois parce que je voulais passer du temps au Proche Orient. Je me souviens des faces des Libanais qui ont haussé les épaules par indifférences quand j’ai exprimé m’a tristesse par rapport à l’histoire du Liban. Je me souviens des Libanais qui ont dit, avec un regard abruti : « Mark, pourquoi devrais-tu te soucier du Liban ? Ta citoyenneté est au paradis. » L’espoir, d’une gifle, fera disparaître ces grimaces stupides.

Il y a beaucoup de raisons d’être optimiste. Une révolution bien réussie signifie que les effets de la guerre du Liban seront nuls. Les chrétiens et les musulmans seront réconciliés une fois pour toutes. L’héritage néfaste du colonialisme européen sera oublié.

Courage Liban ! Ton heure est arrivée ! Créé un meilleur avenir pour ton pays ! Ne laisse rien t’arrêter ! Savoure ta douce et tendre vengeance.

 

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