Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 2)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. Lisez la première partie ici.

Il y a quelques deux ou trois ans, j’étais stagiaire chez la revue Sujets Canadiens. J’y révisais des articles savants sur l’immigration. Je travaillais avec des diplômés récents et des étudiants du troisième cycle universitaire. Je révisais un article sur le faible taux de fécondité chez les Sino-Canadiennes. Je n’étais pas certain du sens de fécondité alors j’ai demandé le sens à une collègue, Courtney :

« - Courtney, en sciences humaines, est-ce que la fécondité signifie seulement “‘capacité à se

Reçu de taxe d'entrée imposée aux Chinois
Reçu de taxe d’entrée imposée aux Chinois

reproduire ?”’

– Non, Peter. Ça peut aussi signifier le nombre d’enfants que les femmes peuvent avoir selon leurs moyens. »

J’étais étonné de lire que les Chinoises interviewées pour cette étude désiraient fortement d’avoir des enfants en Chine, mais qu’une fois arrivée au Canada, ce n’était plus important. J’étais également étonné en révisant un article sur des immigrants africains s’installant dans les Prairies[1]. Les immigrants africains avaient tendance à s’isoler du reste de la population et se tenir avec des gens de leurs propres ethnies. Ils ne se tenaient pas avec les gens originaires de la région, car ils ne comprenaient pas leur langue et ne pouvaient pas s’identifier aux Canadiens. J’ai trouvé tout ça étrange, alors j’en ai parlé à Courtney.

« Tu sais, le Canada n’avait pas toujours tant de diversité : il y avait une taxe d’entrée imposée sur les Chinois et les immigrants non européens n’étaient pas acceptés sauf les Chinois et les sikhs. »

Courtney parlait du multiculturalisme de Pierre Eliott Trudeau. Avant lui, le Canada ne voulait accepter que des immigrants européens blancs. Trudeau avait désespérément besoin de peupler le pays et de faire travailler des gens afin qu’ils paient des impôts. Pour répondre à ce besoin, il a commencé à accepter des immigrants de divers pays. Mais comment faire en sorte que ces immigrants s’intègrent ? Appliquer sa vision du Canada : une nation faite de diverses nations qui coexistent à l’intérieur des mêmes frontières. Le mot clé ici est « coexister ». Il n’y a pas de place pour l’idéologie, le bien ou le mal. Toutes sources de tension devaient être éliminées.

Le multiculturalisme ne semble pas être une manière efficace d’accroître la population du Canada, car celle-ci ne se renouvelle pas. La seule manière de mettre fin à la croissance démographique négative est d’accepter plus d’immigrants chaque année.

Courtney n’était pas montréalaise. Elle disait qu’elle venait de Toronto, mais elle venait vraiment de Scarborough qui fait partie de la région métropolitaine de Toronto. Scarborough est une friche industrielle où les immigrants récents s’installent. Courtney m’a dit qu’elle allait à une école publique catholique très pauvre. Il n’était pas rare de voir des filles de son école tomber enceintes avant la fin de leurs études. De temps en temps, quand il n’y avait pas beaucoup de travail à faire, nous parlions de politique canadienne, notre jeunesse à l’école secondaire, l’actualité et de choses quelconques.

Je croyais que « les bruns » (brown people) étaient le nom que donnaient les Américains aux Mexicains pour les dénigrer. Toutefois, dans la région métropolitaine de Toronto, c’est une insulte envers les Indiens (les gens venant de l’Inde). Sa vie à l’école secondaire ressemblait à la mienne : elle est allée à une école secondaire en banlieue où les élèves étaient de différentes ethnies. Il y avait deux différences : Elle habitait de Scarborough et moi, Laval (en banlieue de Montréal). L’autre différence était que la plupart des élèves de son école étaient d’origine indienne ou caribéenne tandis qu’à mon école, la moitié des élèves était d’origine grecque, libanaise, arménienne ou haïtienne. L’autre moitié était canadienne-française. La plupart des étudiants se tenaient avec des élèves de la même ethnie qu’eux. « Je ne me tenais pas avec d’autres Indiens. Je ne voulais pas être avec d’autres bruns parce que leurs parents connaissaient les mieux. Ils ne savaient vraiment pas comment se mêler de leurs affaires », a dit Courtney. J’ai cru qu’elle aurait aimé passer plus de temps avec des gens de son ethnie, car elle en savait beaucoup sur l’histoire et la culture indienne. Cependant, elle a véritablement adopté les valeurs du Parti libéral sous Trudeau telles que « la diversité » et « l’inclusion ».

 

[1] Les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta qui se trouvent dans le centre du pays.

 

 

À suivre…

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