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Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 6)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. Lisez la première partie ici, la deuxième ici, la troisième ici, la quatrième ici et la cinquième ici.

J’arrive enfin à la porte d’entrée de mon immeuble. Quelle journée! J’ai croisé Didier, Saulo et Saïda en rentrant chez moi. Je ne les ai pas vus depuis cinq ans.

Une mosaïque bâclée

Didier se plaignait beaucoup un an après l’avoir rencontré pour la première fois. Maintenant, il se plaint de mêmes choses, mais cette fois-ci, encore plus. Il s’est plaint de la manière dont les Canadiens blancs sont froids et se méfient des noirs. Il s’est plaint de comment lui, titulaire d’une maîtrise, ne pouvait que trouver de petits boulots à temps partiel comme commis d’épicerie ou livreur. Il s’est plaint de la corruption politique. Il s’est plaint de la difficulté à obtenir la citoyenneté canadienne. Il s’est plaint de l’hiver canadien. Il s’est plaint… et il s’est plaint… Mais songe-t-il à quitter le Canada ? Non.

J’ai croisé Saulo dans le métro. Il allait bien. Même s’il a dû avoir de petits boulots pour soutenir financièrement sa femme, il a enfin décroché un poste de programmeur. Son épouse a aussi accouché d’une petite fille. Il était ambivalent par rapport au fait que sa fille soit née canadienne, mais il s’est efforcé d’en avoir l’air content. Il n’est pas retourné au Brésil et ne songe pas à y retourner. Il a dit, avec un peu de déception, qu’il ne se sent plus Brésilien et qu’il ne sent pas chez lui au Canada. Avec ce même ton déçu, il a dit que la vie est belle ici à Montréal.

Saïda n’était pas satisfaite de sa vie au Canada : elle trouvait que l’Occident était superficiel et n’avait que le consumérisme à offrir. De toute manière, sa mère au Pakistan était très malade. Elle a décidé de rentrer au Pakistan et continuer sa vie ancienne.

En montant les escaliers pour aller à mon appartement, j’ai songé à toutes les personnes que j’ai rencontrées. La société canadienne est aussi fragmentée que les histoires que je vous raconte.

Même s’il n’était pas le premier Canadien à voir le Canada comme un pays d’immigrants, Pierre Eliott Trudeau a tenté de créer une mosaïque dans laquelle les différences, le relativisme, le manque d’idéaux et l’absence d’idéologies serviraient de ciment pour unir les carreaux de cette mosaïque. Il a essayé par le biais du bilinguisme de manifester de l’amour envers le Québec et d’intégrer les immigrants par le biais du multiculturalisme. La belle mosaïque colorée harmonieuse que Trudeau a imaginée dans les années 70 et 80 ne s’est jamais concrétisée. En 2017, c’est un vulgaire morceau de carton avec des pièces de casse-tête assemblées de force et cimenté avec une colle de piètre qualité. À cause du relativisme, ceux qui en ont envie peuvent imaginer que ce gâchis est une véritable mosaïque.

Le relativisme, le pluralisme et l’individualisme sont la fondation du Canada moderne. Les Canadiens ont tellement été encouragés à atteindre leurs objectifs personnels qu’ils se sont isolés physiquement et socialement des autres Canadiens. Les immigrants, qu’ils soient venus au Canada en tant que réfugiés ou « en cherchant une vie meilleure » ont tendance à se rassembler dans les mêmes quartiers, ce qui forme des ghettos. Pour certains immigrants, « chercher une vie meilleure » signifie se séparer de leurs cultures d’origine qui les a tellement suffoquées et gagner des salaires qu’ils n’ont jamais cru obtenir dans leur pays d’origine. Puisque leur culture d’origine est la seule qu’ils connaissent, ils ne se tiennent qu’avec les gens de la même ethnie qu’eux. Les Canadiens se focalisent tellement sur leurs nombrils qu’ils oublient qu’ils font partie d’une société plus large. Les diverses communautés ne se parlent pas. Le Canada est passé de deux solitudes à trop de solitudes.

Les deux solitudes d’origine étaient les Canadiens français habitant principalement au Québec et les Canadiens anglais éparpillés à travers le Canada. Les deux solitudes sont toujours reflétées à travers le désir du Québec de se séparer du reste du Canada et de la manière dont les Québécois se disent rarement Canadiens. Le Canada déploie des efforts surnaturels pour garder le Québec mais leur union semble être un mariage forcé. Les autochtones n’ont jamais été considérés comme étant des peuples fondateurs, donc leur opinion concernant le présent et l’avenir du pays est ignorée. Leur opinion n’est toujours pas prise en considération quand il s’agit d’enjeux comme la construction d’oléoducs et d’exploitation d’autres ressources naturelles. En d’autres mots, le gouvernement essaie de forcer des pièces qui ne veulent rien savoir dans la mosaïque et de se débarrasser des pièces qui devraient y être.

Bien entendu, certaines personnes sont en désaccord avec le multiculturalisme de Trudeau, le relativisme et toutes les idées sur lesquelles le Canada est fondé. Ces jours-ci, les gens qui critiquent ces idéaux sont accusés sur les médias sociaux de « discrimination », de « racisme », de « fermeture d’esprit » et d’« ignorance », ce qui est pour les Canadiens les pires insultes. Au lieu de débattre des solutions aux problèmes du Canada, les Canadiens vont soit éviter de se choquer les uns les autres ou s’acharner à avoir raison. On parle beaucoup, mais on écoute peu. En d’autres mots, il n’y a pas de vraie discussion entre les divers groupes au Canada sur la société.

Actuellement, en Europe, on force les citoyens à accepter le multiculturalisme tandis qu’au Canada, le multiculturalisme fait partie intégrante de la culture depuis des années. Pendant qu’on suit la progression de l’expérience de Pierre Eliott Trudeau, on constate que le nombre de solitudes croît exponentiellement. Devrions-nous poursuivre l’expérience pour quelques générations de plus pour voir si la mosaïque canadienne tiendra le coup ?

Fin

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