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Le Canada : une mosaïque bâclée (partie 1)

Note de l’éditeur : Cette histoire sur le multiculturalisme canadien  était, à l’origine un article de 3 600 mots destiné à une revue britannique. J’ai décidé d’en faire une mini-série. Elle porte sur Peter, un libano-canadien et son expérience du multiculturalisme canadien. Il rencontrer diverses personne à travers sa vie et elles influent sur ses pensées. Même si elle contient beaucoup d’éléments et d’anecdotes vrais, cette oeuvre est une fiction. 

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Entrée d’une mosquée à Montréal, au Canada. Le nom a été enlevé. Photo de Mark Homsany

Il est presque 23 h. Je viens de descendre de l’autobus et je rentre chez moi après une longue journée de travail. Une brise légère souffle. Des hommes en tuniques blanches portant de longues barbes se réunissent à un coin de rue. Des femmes à l’autre côté de la rue couvertes de la tête aux pieds marchaient côte à côte et bavardaient. Ensuite, je l’ai entendu résonner à travers le ciel nocturne :

« Allahu akbar. Allahu akbar. Achhadu an la ila illa Allah. »

Je n’étais pas au Moyen-Orient : je marchais sur le boulevard Laurentien dans le quartier Cartierville à Montréal, Québec, au Canada.

Oui, Montréal représente véritablement la vision de Pierre Elliott Trudeau du Canada : une mosaïque composée de gens coexistant sur une même terre en paix et en harmonie. Une nation composée de diverses nations. Un peuple uni par leurs différences et pas divisé par des valeurs émotionnelles qui causent des guerres comme le patriotisme. Un pays qui est plaisant et qui exige très peu de sacrifices de ses citoyens.

En effet, le multiculturalisme, l’individualisme, la pluralité et le relativisme sont à l’origine de tellement de progrès social au Canada. Le multiculturalisme de Trudeau est une expérience qui n’a jamais été tentée par le passé ; nous n’avons pas encore les résultats.

Des événements comme la fusillade à la mosquée de Sainte-Foy le 29 janvier 2017 indiquent que cette belle expérience n’est peut-être pas parfaite. Alexandre Bisonnette, suprémaciste blanc et partisan de la politique d’extrême droite, a ouvert le feu sur des musulmans qui priaient. Des citoyens ordinaires ont exprimé leur incrédulité et leur bouleversement sur les médias sociaux : comment est-ce qu’une telle tuerie peut se produire dans un pays ou la diversité ethnique est tellement louangée ?

À la lumière de cette tuerie, le Canada que Pierre Elliott Trudeau a commencé à construire semble être un compromis plutôt qu’une amélioration. Est-ce que ce compromis en valait la peine ?

À suivre…

Coptes et musulmans d’Égypte : indivisibles pour l’État islamique

Le premier jour du ramadan 2017, l’État islamique a attaqué trois autobus transportant des enfants coptes (chrétiens autochtones de l’Égypte) en excursion au monastère Saint Samuel près d’Al-Minya.

L’EI a tué des enfants en excursion. EI, vous êtes tellement durs à cuire et virils. Vous avez sûrement épaté le Bon Dieu avec votre dévouement et bravoure. Vos mamans doivent être si fières de vous. Tenez, vous méritez un biscuit (empoisonné).

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Ce graffiti du Printemps arabe démontre la solidarité entre chrétiens et musulmans en Égypte. La croix a été mutilée, sûrement par un extrémiste musulman. Photo prise en 2012 à Maadi, Égypte, par Mark Homsany.

C’est un cycle : l’EI attaque des Coptes ; beaucoup de femmes et enfants meurent ; des messages de deuil, de colère et de critique des chrétiens et des musulmans abondent sur les médias sociaux ; les politiques expriment formellement leurs sincères condoléances ; et le cycle se répète. Il y a des tensions entre les chrétiens et les musulmans de l’Égypte depuis le Moyen Âge, toutefois, ils sont unis. Il en est ainsi depuis au moins le début du XXe siècle.

Il n’est pas étonnant de voir des chrétiens et des musulmans se protéger les uns les autres pendant qu’ils prient et crier « Chrétiens ! Musulmans ! Comme les doigts de la main ! »* pendant le Printemps arabe. Le pharaonisme, forme de nationalisme égyptien, a vu ses débuts au commencement du XXe siècle. Il souligne que les Égyptiens ne sont pas des Arabes, mais des descendants des anciens Égyptiens et qu’ils font partie d’une vaste civilisation méditerranéenne. Ce nationalisme met l’accent sur l’importance du Nil et de la Méditerranée. En d’autres mots, les Égyptiens de toutes les religions et ascendances ont en commun l’amour qu’ils ressentent envers leur pays et leur Histoire. Cette unité se reflète dans les paroles de Sayed Darwish. Il était compositeur, révolutionnaire, le père de la musique égyptienne moderne et l’auteur de l’hymne national égyptien. Il chantait des paroles qui avaient pour but de rallier les Égyptiens contre les Britanniques tels qu’« Aime ton voisin avant d’aimer ta propre existence/C’est quoi un chrétien ? C’est quoi un musulmans ? Un juif ? De quoi tu parles ?/Ce ne sont que des mots, nous venons des mêmes ancêtres »**. Cette même chanson ainsi que d’autres de Sayed Darwish ont été chantées par les manifestants pendant le Printemps arabe.

Donc, si la société égyptienne est si unie, pourquoi y a-t-il des tensions entre chrétiens et musulmans ?

graffiti du Printemps arabe imitant le drapeau de 1919
Ce graffiti du printemps arabe imite le drapeau de la Révolution égyptienne de 1919. Il est inscrit «Vive le croissant de lune avec la croix». Photo prise à Maadi, Égypte, en 2012 par Mark Homsany.

Le wahhabisme, le mouvement qui influe sur les groupes musulmans extrémistes des Frères musulmans à l’EI, dresse les chrétiens et les musulmans les uns contre les autres. Selon le wahhabisme, tout ce qui est différent de sa version de l’Islam nuit à la société. Autour du Nouvel An en 2011, le gouvernement de Hosni Moubarak a embauché des extrémistes musulmans pour bombarder l’église des Saints à Alexandrie. Le but du gouvernement de Moubarak était de produire une querelle entre chrétiens et musulmans pour tenter de mater le Printemps arabe. L’État islamique vise un objectif similaire pour envahir l’Égypte. Ils attaquent les chrétiens les jours de fête et près des monuments symboliques pour qu’ils aient trop peur de pratiquer leur religion et par le même biais, forcer les musulmans à vivre dans la peur. Est-ce que le plan de l’EI porte fruit ?

Les Égyptiens ont peur, certes, mais ils ont vécu plus de 2 000 ans d’occupation étrangère et des années de dictature. Ils peuvent résister à une autre crise. Les attentats et l’injustice en Égypte ne font que rassembler les chrétiens et les musulmans et cela est la preuve que l’EI ne peut pas gagner. Terroristes, ça va brasser.

*Ils disaient littéralement « Musulmans ! Chrétiens ! Une seule et même main ! »(مسلمين مسيحيين يد واحدة)

**Tiré de « Lève-toi, Égyptien! » (قوم يا مصري). Traduction de Mark Homsany

L’échiquier syrien

Note : Cet article a originellement été publié sur le blogue Le Phare le 11 janvier 2013

On présente souvent la guerre civile en Syrie comme étant une tentative des rebelles de renverser le gouvernement de Bachar Al-Assad et des escarmouches entre ces rebelles et l’armée syrienne. Si on examine le conflit de plus près, on voit que l’Iran, l’Arabie Saoudite et des factions islamistes tels les moudjahidines et les Frères musulmans y sont aussi impliqués. Pourquoi cette guerre concerne-t-elle ces groupes et que souhaitent-ils obtenir ?

L’Iran est principalement chiite depuis la Dynastie safavide. Des pays au Moyen-Orient tels le Bahreïn qui sont près de l’Iran et qui oppriment les musulmans chiites craignent souvent que leurs citoyens chiites demandent la protection de l’Iran. Toutefois, les chiites opprimés ne sont pas les seuls à vouloir s’allier à l’Iran : Hafez Al-Assad, le père du président syrien actuel, Bachar Al-Assad, s’est allié aux Iraniens pendant leur guerre avec l’Iraq. La famille Al-Assad est alaouite, c’est-à-dire qu’elle suit une secte particulière du chiisme duodécimain. Hafez Al-Assad était aussi membre du parti Baath, parti laïc qui s’inspire de la vision de Gamal Abdel Nasser du panarabisme, du nationalisme arabe et du socialisme. Les Frères musulmans se sont férocement opposés au parti Baath en raison de ces idéologies laïques. La relation entre l’Iran et la famille Al-Assad menace les intérêts des États-Unis, ce qui fait que l’Arabie Saoudite n’a pas le choix de s’engager dans la guerre civile en Syrie.

L’État saoudien actuel découle de deux alliances : celle entre Mohamed Ibn Saoud, le fondateur de l’Arabie saoudite et de Mohamed Ibn Abdel Wahhab, le fondateur du wahhabisme, et celle entre Franklin D. Roosevelt et le roi Abdel Aziz Ibn Saoud. Selon la doctrine wahhabite, l’islam chiite est une hérésie, ce qui explique pourquoi l’État saoudien opprime les chiites qui y habitent. Les Saoudiens oppriment aussi les chiites pour des raisons pratiques : ils habitent l’est de l’Arabie qui est riche en pétrole et près de l’Iran. Puisque la tension entre l’Iran et les États-Unis monte, les Étatsuniens ont cru que couper les ponts entre l’Iran et la Syrie, son allié, serait une excellente manière d’affaiblir les Iraniens. Renverser la famille Al-Assad pourrait briser son alliance avec les Iraniens. Les États-Unis et l’Arabie saoudite ont l’intention d’y parvenir en envoyant des moudjahidines et des alliés des Frères musulmans en Syrie. Après tout, l’Arabie saoudite a servi de refuge pour des membres de Frères musulmans pendant les mandats de Nasser et Sadate. Les États-Unis a déjà, par le passé, fait l’Arabie saoudite envoyer des moudjahidines à l’étranger pour combattre ses ennemis. L’Arabie saoudite a formé des moudjahidines pour aider les Afghans à battre le pire ennemi des États-Unis des années 80, l’Union soviétique. Pour les moudjahidines saoudiens et afghans, la guerre contre les Soviétiques était sainte parce que l’athéisme des Soviétiques menaçait, selon eux, l’islam.

La guerre civile syrienne était, au début, la lutte des Syriens pour renverser le régime d’Al-Assad pour avoir un meilleur avenir. Cette guerre est désormais un jeu d’échec opposant la famille Al-Assad et l’Iran à l’Arabie Saoudite et les États-Unis. Les Syriens y sont mêlés malgré eux.

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